Redskins
en
France
Le texte qui suit est un coup de
projecteur
sur la scène antifasciste
radicale
(des années 80 au milieu des
90'),
qui, s'il date déjà de quelques
années,
n'en demeure pas moins riche
d'enseignements.
Il a été traduit de l'espagnol,
et n'engage
que la vision de ses auteurs à
l'époque des faits.

C’est en 1986 que le grand public français
découvre l’existence des Redskins à Paris. Ils font face à la police pendant les
manifestations étudiantes, et certaines de leurs actions violentes sont
diffusées à la télé.
Les premiers groupes parisiens portent les
noms de LENINE KILLERS, RED ANTS, DUCKY BOYS, et RED WARRIORS. Ces derniers
sont la bande Redskin la plus ancienne à Paris. Ils sont présents dans nombre
de services d’ordre dans divers rassemblements, concerts et manifestations.
Par exemple, le 9 septembre 1989, les Red Warriors organisent le service de
sécurité de la Fête de l’Huma. Les mêmes se chargeront du S.O du concert d’Adieu
des Bérus.
L’un de ses membres était champion de
France junior de full-contact, et ils publiaient un zine du nom de Red Aktion
dont le seul et unique numéro date de 1989, au sommaire duquel on pouvait
trouver le récit de leurs différents affrontements avec les nazis, mais aussi
une interview des BXN, des chroniques,...
Leur lutte constante et sans compromis
contre les nazis et les flics envoya nombre d’entre eux en prison, et, en
1991-1992, le mouvement Redskin est considéré comme mort (en tout cas comparé à
l’époque glorieuse où pas moins de 20 bandes Redskins semaient la terreur chez
les fafs).
Il faut quand même préciser que le mouvement bonehead
était alors quasiment jugulé.
Hormis Paris, dans de grandes villes comme
Bordeaux, Nantes, Marseille... le mouvement était représenté avec des zines
comme Rude Boy (de Marseille) et plus tard Ko !Ko ! publié par Redboy Syndicate,
ou encore le bulletin de la Nouvelle Action Communiste Révolutionnaire (Red
Power) ; même s’il était impossible de prétendre qu’il existait une scène
musicale de Skins antifafs (Ska et Oi !),
il y avait une
scène ultra-vivante de rock radikal dans laquelle se fondaient la plupart des
Redskins (avec des groupes comme Bérurier Noir, les Brigades,
Nuclear Device,...).
Pourtant, très peu étaient véritablement
Marxistes. Certains étaient d’extrême-gauche, et la plupart Anarchistes, mais
peu avaient adopté l’idée d’un Socialisme international. Les Redskins français
n’écoutaient pas à proprement parler de musique Skin
(Ska, Oi !)
et l’un de leur groupe favoris était Nuclear Device, qui mixait habilement Ska,
Reggae et Punk-rock (très influencé par les Clash). Mors aux Dents était un
groupe Oi ! du sud de la France qui ne faisait aucun mystère de son affection
pour Marx, même s’ils étaient totalement étrangers au Reds Occitania. Dire
qu’ils se sont servi de bons modèles n’a rien de déplacé...
Il y avait aussi une très bonne scène ska,
mais les choses tournèrent vite à l’aigre, avec d’une part la présence des bones
prêts à se battre et à créer des problèmes, ce qui détourna une bonne partie
du public Alternatif, très peu enclin à supporter cette scène, et d’autre part
la présence de
nombreux apolitiques
qui laissaient complaisamment les nazis tendre le bras.
La plus grande partie du rock radikal mourut
après le split des groupes phares que furent Nuclear Device, Berurier Noir,
Parabellum. Rien ne se passa pendant 2 ans, les organisateurs de concerts refusant
de programmer du ska.
Parallèlement à ce mouvement, qui était de moins en moins
proche de l’esprit Skin originel, se développa une frange de Skins de gauche.
Ainsi, le M.S.A.F (Mouvement des Skins Anti-Fascistes) qui s’illustra dans de
nombreuses actions directes contre les naziskins (attaques de bars, contre-manifestations,
destruction de commerces,...), mais sombra bien vite dans l’oubli.
En 1990 naquit la première section du SHARP
de Beauvais(sud de Paris) (zine ZERA), qui fut loin de faire l’unanimité, dans
la mesure où ils laissèrent rentrer n’importe qui dans le groupe, voire même des
bones. En réalité, ils n’étaient pas vraiment antiracistes.
En 1994, il y avait 3 sections
SHARP
en France, mais toutes coulèrent (excepté peut-être celle d’Angers).
Aujourd’hui, il y a une scène antiraciste très dynamique, avec de très bons
groupes de Ska : Skaferlatine, Kargols, Crazy Skankers,... le Ska a continué à
trainer sa mauvaise réputation, mais petit à petit elle fait long feu, pour
devenir une scène ouverte. De plus, les nazis ne s’aventurent plus guère
dans les concerts de Ska.
La scène Redskin d’aujourd’hui est assez
éloignée de celle des années 80. Les nouveaux groupes Redskins sont plus proches
de l’esprit Skinhead, bien qu’ils ne laissent pas tomber les démonstrations
violentes contre les nazis.
A l’heure actuelle, le zine RED & SHARP RESISTANCE
est publié par les Skins de Toulouse. Le nombre de Skazines et de Oi ! zines est
réellement énorme.
En guise de conclusion, voici la définition
d’un authentique Redskin apparue dans Red Aktion :
« le Redskin est un nouveau style de militant, pour qui
réflexion et action sont indissociables ».



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