Un peu d'Histoire
ne peut pas faire de
mal!
Skinheads: la grande
majorité crie « No Pasaran »
et agit en
conséquence.
Le mot Skin est, dans la plupart des bouches, associé aux mots « fachos», «ratonnade »... Différents faits divers nauséabonds ont, c'est clair, concouru à installer cette image détestable. Mais cet amalgame est insupportable pour qui à eu la chance de rencontrer et de discuter avec d'authentiques Skins militants antiracistes, antifa, rouges ou encore anars (bon oui ça existe, Si tu te bougeais le c... dans des concerts de rock réellement underground tu serais déjà au courant!).
Histoire de bien mettre les choses à leur place, voici un titre du groupe Civil Agression, un des groupes phares de la scène Oi! francaise de la fin des années 90: "Fuck nazi bastards!". C'est assez explicite, je ne développe pas. Autre chose sur ce groupe : le chant est assuré par une femme. Alors le cliché sur Skinhead macho fascisant, tu me le mets où il doit être... dans ta poubelle. Voilà ! Maintenant on cause sérieux.
Un historique surprenant.
Le mouvement Skin est né à la fin des années
60.
Tout est parti de la banlieue de Londres où a eu lieu la rencontre
entre les «Hard-Mods » anglais et les «Rudes Boys » jamaïcains. Les membres du
mouvement Mods avaient pour groupe leader, à leurs débuts, The Who. Mais, alors
que les Who se sont orientés un moment vers les valeurs hippies, les Hards-Mods
ont réagi très différemment et rejetant d'une part les valeurs hippies qu'ils
considéraient comme des délires de fils de classes aisées, des facéties d'une
jeunesse dorée en mal de sensations fortes, et, d'autre part, les idées et
pratiques racistes des Teddy-Boys (grands adorateurs d'Elvis Presley et autre
«petits blancs»). Y aurait-il quelqu'un pour les condamner. Non ! Hein?
Les Hards-Mods etaient d'authentiques enfants des
classes utra-défavorisées d'Angleterre. ils vivaient dans les mêmes quartiers
que les émigrés jamaïcains. Les enfants blacks de ces quartiers étaient
organisés en bande les «Rudes Boys » afin de résister à l'oppression des blancs
et écouter leur musique préférée, le Ska et le Reggae. Les deux mouvements vont
se rencontrer et pactiser. De cette rencontre naîtra une unité et des actions
communes contre les Teddy-Boys et les symboles de l'oppression d'état Les
Hards-Mods vont transformer leur look, se couper les cheveux de plus en plus
court, s'habiller avec des tenues de travail et vont ainsi devenir les
Skinheads.
On le voit donc, le mouvement Skin est né d'une rencontre permise par des valeurs antiracistes, des valeurs de solidarité entre enfants de couleurs différentes mais issues d'une seule est même classe: celle des ultra-défavorisés.
Une dérive catastrophique.
Alors pourquoi certains sont-ils partis dans une voie complètement opposée à celle du mouvement originel?
Tout d'abord, le mouvement Skin naissant en partie d'une réaction face à la vague Hippie, on constate un rejet réel des attitudes «peace and love» et «cool ». Bref, dans les années 70, Si on est skin, on est « propre sur soi », «on se rase tous les jours » et, tout en luttant contre l'oppression et l’injustice, on tient à certaines notions telles que l'ordre. il y a eu une réelle crispation de certains Skins sur cette position lors du raz de marée punk de 1977.
C'est bien là, à mon sens, où ça a merdé. Ce
schéma de pensée, associé au fait que le mouvement ne présentait aucune
idéologie précise à ces débuts, a contribué au fait que des idées
particulièrement nauséabondes ont pu rapidement et très facilement pénétrer ce
milieu. En particulier, l'activisme du National Front anglais a alors été
déterminant A la fin des années 70, début des années 80, en mêlant un discours
social condamnant la politique désastreuse du gouvernement
Thatcher à
des idées clairement réactionnaires, ce parti politique a réussi à récupérer la
partie des Skins qui avait envie d'agir vite mais ne présentait pas de
conscience ni d'idée politique. Les skinheads clairement fascistes sont alors
apparus. Ces idiots de la famille sont appelés par les autres Skins les «
Boneheads », les «crânes d'os » en françsont appelés par les autres Skins les «
Boneheads », les «crânes d'os » en français. C'est cette tendance qui fait le
plus parler d'elle dans les médias par ses «ratonnades » et ses conneries dans
les stades.
Certains boneheads se sont radicalisés au point d'aboutir à une démarche néo-nazie terroriste et revendiquée. Le plus violent des réseaux de Skins nazis est né, suite au départ d'un groupe de «Boneheads» du National Front Ces Skins fondent alors le réseau « Blood and Honor » (tout un programme !). Ce réseau a pour but l'unification du mouvement Skin fasciste européen. Une des productions du label de ce réseau est «No Remorse » avec le titre «Barbecue in Rostock » (!!!).
Le réseau fut, dans un premier temps, dirigé
par Ian Stuart
du groupe SKREWDRIVER, le groupe phare des nazis européens
au début des années 90. En 1994, Ian Stuart se tue dans un accident de voiture
(pauvre bagnole va ! Tu méritais pas ça). Mais la mort de ce leader ne met pas
fin au cauchemar. Le groupe C18 prend le contrôle du réseau. Rien que le nom du
groupe aurait dû pousser les services de sécurité à réagir immédiatement C18
signifie Combat 18, 1 pour la première lettre de l'alphabet qui est A et 8 pour
la huitième qui est H... bref AH... comme Adolph Hitler. Les «services de
l'ordre » laisseront ce groupe tranquille plus de trois ans avant de réagir en
1997 lorsque le réseau lance un vague d'attentats à l'aide de colis piégés.
Aujourd'hui, même si l'auteur des colis est arrêté, le réseau existe toujours
... et édite des listes de personnalités ennemies à leurs causes avec la mention
«à abattre ». D'autres Skinheads Nazis se sont regroupés dans un réseau plus
international
et plus puissant appelé Hammerskins. Alors que le réseau de
Cl 8 est essentiellement européen, celui des Hammerskins draine, en plus, toute
l'Amérique du Nord. Le symbole du réseau est constitué de deux marteaux croisés.
Contre tout attente, ce symbole provient du film «The Wall » des Pink Floyd
(?!?!?!) dans lequel le héros, leader d'un groupe Pop - Rock, finit dictateur.
Les marteaux croisés sont issus de la scène où une armée de marteaux défile (on
l'a tous vu). On retrouve là une des techniques de propagande des plus utilisées
par l'extrême-droite, qui consiste à récupérer certaines idées ou symboles de
leur plus résolus ennemis afin de les détourner pour les réutiliser à leur
compte.
Ainsi, ce que l'on a appelé la Nouvelle Droite, les quelques rares fascistes cultivés qui aient pu exister, font de nombreuses références à Antonio GRAMSCI, le fondateur du Parti Communiste Italien, et dernier théoricien politique de grande envergure. Le phrase «La vérité, seule, est révolutjonnaire », c'est lui. De même, cette Nouvelle Droite fait appel aux valeurs anticolonialistes... pour expliquer que, dans le plus pur respect de ces principes, il faut que tout le monde reste chez soi et progresse à son rythme... en Afrikaner on appelle ça Apartheid ! Moi c'est pas le genre de truc qui me calme!
Cette petite digression pour dire qu'il est très facile pour qui n'est pas averti de tomber dans le panneau. Par contre, Si la personne reste plus de trois jours à côté de ces ordures alors, c'est clair, elle ne vaut même plus la corde qui est destinée à la prendre comme disait mon pépé à moi. Pour revenir aux Hammerskins, précisons qu'ils se situent eux-mêmes par rapport aux autres boneheads comme les SS vis-à-vis des SA. En France, ils sont regroupés sous le nom de CHS (Charlemagne Hammer Skins... du nom de la division Charlemagne, division SS de la seconde guerre mondiale composée de volontaires français). Ce réseau édite aussi une liste de personne classée «à abattre »... et le plus inquiétant c'est qu'il est très facile de la trouver sur le Web. Les liens de ce mouvement avec le Ku Klux Klan sont avérés.
En dehors du Web, le RAC
(Rock
Against Communism) reste le principal vecteur de «l'idéologie» des skins nazis.
Je ne citerai pas les noms des groupes de cette scène afin de ne pas leur faire
de pub. Mais sachez qu'il y en a dans les bacs lors de la convention du disque
d'occasion de Limoges qui a lieu tout les 11 novembre et que cela est fortement
regrettable pour cette manifestation.
Une réaction à la hauteur des dégâts.
Je ne souhaite pas m'appesantir sur les Skinheads dit apolitiques. Pour beaucoup d'entre eux l'apolitisme consiste à traîner avec des skins nazis. Ben oui!, on ne va pas mélanger l'amitié et la politique, c'est sûr. Sauf que ces skins «Apolitiques » n'ont, en général, pas d'amis parmi les Skins antiracistes. Puisque, selon eux, être anti-raciste c'est aller à l'encontre des principes de l'apolitisme. Bon, quand t'auras compris, tu viendras m'expliquer perce que moi, perso, je n'y arrive pas... Bon courage.
Non, ces abrutis qui osent dire que le mouvement Skin ne doit avoir que trois mots d'ordres Bière/Baise/Baston et surtout pas de politique parce que ça salit, moi je les zappe.

l°) les SHARP (Skinheads Against Racial Préjudice - Skinheads contre les préjugés raciaux)
2°) les RASH (Red and Anarchist Skinhead - Sl:inheads rouges et anarchistes)
En fait, en regardant bien les paroles ou les actions des groupes phares de la scène Oi !, on comprend bien que l'amalgame entre Skin et nazi est beaucoup trop réducteur. Le groupe Redskin se revendique clairement socialiste révolutionnaire, les Oppressed sont des Skins Rouges, le groupe Angelic Upstarts, que des crétins snobinards ont taxé de fachos, font partie de la Red Action d'Angleterre. Enfin, l'hymne commun aux Punks et Skins, la chanson « If the kids are united, thev will never be divided» du groupe Skin Sham 69 est, en fait, une adaptation de la chanson communiste « Le peuple uni ne sera jamais vaincu ». Les chansons de ces groupes ne parlent pas de baston mais de grève générale, de répression... C'est bon, pas besoin de continuer, je crois.
En fait, en Angleterre comme ailleurs, lorsqu'une partie des skins a rejoint le National Front, tout un pan du mouvement (le plus important d'ailleurs) a rejoint la tendance révolutionnaire du mouvement travailliste anglais: celle appelée «Socialist Workers». Ils seront le plus fort soutien extérieur aux mineurs anglais lors de leur grande grève du début des années 80... et accueilleront les punks venus soutenir cette cause comme ce qu'ils sont à savoir... leurs frères.
De ces Skins de gauche est né le mouvement SHARP qui s'est donné comme mission de «créer un espace sain pour une scène skinhead antiraciste». Les moyens qu'ils ont dû employer n'étaient pas ceux d'enfants de choeurs, c'est clair. Seulement, il ne faut surtout pas oublier qui ils avaient et ont encore en face.
Pour ma part je me suis retrouvé avec des amis en face du GUD (Groupement Union Défense, lié à la fac de droit d'Assas) lors du mouvement étudiant de 1986 (je faisais partie des secouristes du service d'ordre étudiant).
Les barres de fer et les Cocktails Molotov étaient « de sortie» du
côté facho, personnellement j'ai pas eu le temps de réagir et d'ailleurs je
n'aurais pas su quoi faire, mais heureusement que le service d'ordre contenait
des éléments déterminés et aguerris au combat de rue : des Skins et des vrais.
Sans eux, le campus de Jussieu aurait compté des morts ce jour là. L'ironie du
sort a voulu que le membre du service d'ordre qui a bloqué le Nazi qui voulait
balancer un cocktail Molotov dans un amphithéâtre rempli était un autre Skin...
qui était du bon coté. Je revois souvent en flash son geste de courage pur. Ce
mec a choisi de neutraliser le porteur du cocktail en voyant bien qu'en faisant
cela il allait ramasser un coup de barre de fer du skin nazi qui protégeait le
porteur de la bombe incendiaire artisanale. Je revois comme dans un film cette
barre de fer arriver direct sur la tête du brave. J'ai juste eu le temps de
penser «Merde! Il est mort!» avant de voir le brave réussir à esquiver en partie
le coup (le nez cassé quand même). il ne s'agissait en aucun cas d'un geste de
bourrin de sa part mais bel et bien d'un acte de sacrifice, qui, ce jour là a
évité des souffrances. Le feu dans un amphi archi-bondé, tu vois le
résultat...
Depuis ce jour, quand un blaireau me sort que les Skins sont des gros cons fachos quel que soit leur bord, je te jure que le mec à le droit à la prise de tête de sa vie en matière de débat houleux, et qu'il s'en rappelle longtemps après.
Tout cela pour te dire qu'en ce qui concerne les moyens utilisés par les SHARP, je suis persuadé qu'ils n'ont pas le choix face aux nazillons qui sont de réels psychopathes. Oui, parmi ceux qui ont connu le mouvement alternatif, condamnerait les SCALP (Sections Carrément Anti - Le Pen) ? Pas toi en tout cas. Bien ! Alors, regarde de plus près ce que l'on trouve parmi les militants de ces groupes. Des Skinheads, parmi eux ! Oh surprise!
Plus engagés encore que les SHARP sont les
membres du RASH,
la tendance des
skinheads communistes et anarchistes. J'ai, pour ma part, été plus que surpris
quand j'ai appris que les deux idéologies s'étaient unies. Puis bon voilà, en
regardant de plus près les «rouges» en question on se rend compte très rapidement
qu'il sont proches de la mouvance autonome qui est caractérisée par une révulsion
pour toutes les solutions autoritaires et refuse toute forme de nationalisme.
Choses qui ont rendu possible leur alliance avec les Libertaires.
En guise de conclusion...
Bon voilà, j'espère ne pas avoir raconté
trop de bêtises sur ce mouvement qui fascine, attire et révulse en même temps
beaucoup de gens. Et je termine avec les propos d'un des membres du groupe
Redskin «j 'ai lu un livre qui s'appelle The classic Slum (le bidonville
classique) de Robert Roberts, et qui était distribué avec les mémoires d'un gars
qui vivait dans ces quartiers, à Warrington, au nord de l'Angleterre, entre 1895
et 191O. C'était une époque de dure répression envers les travailleurs. T'avais
un boulot pendant deux ans puis tu te retrouvais au chômage pendant deux ans....
Dans son livre, Roberts Roberts décrit les bandes de jeunes chômeurs, assis aux
coins des rues, portants des bottes, des pantalons d 'ouvriers et le crâne
rasé... Et c 'était en 1905 ! Il y avait des skins en 1905 ! C 'était vraiment
une esthétique de frustration, de colère de la jeunesse sans espoir... Ca n’a
jamais été 1'uniforme de la jeunesse fasciste. Les skinheads sont un phénomène,
mais pas nouveau.»
La ROKTEK
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