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Cet historique nous permet de remarquer que les skins fachos (les boneheads) ne sont qu'une minorité du grand mouvement skinhead, et même une dégénérescence (comment peut-on être raciste et se déclarer appartenir à un mouvement par essence multiracial et multiculturel ?).

Tout est une question de période. Les boneheads ont été majoritaires dans la seconde moitié des années 80. Les dégénérescences du mouvement skin sont TOUS les militants politiques, qui ont confondu un mouvement social, musical et culturel, et un vecteur de propagation d'idées liées à des partis politiques.


Un historique et un schéma qui vous feront comprendre que les véritables skins, contrairement aux blah-blah des médias (mais rien d'étonnant à cette intox : souvenez-vous de la guerre du Golfe, de la créature de Roswell, ou encore des grèves de novembre et décembre 1995...), ne sont ni racistes ni fascistes, bien au contraire !

Les skinheads sont à la base un mouvement représentatif de la couche prolétaire de la société - en théorie en tout cas. Il pouvait donc y avoir des skins racistes, fascistes, anti-racistes, anti-fascistes, à titre individuel, mais certainement pas à titre collectif. Quant au côté prolétaire, la plupart d'entre eux étaient au chômage ou effectuaient des petits jobs, mais le mythe du travailleur d'usine qui portait des docs est bidon, surtout en France.

Etre skinhead signifie appartenir à la classe ouvrière et se battre pour son émancipation ! Etre skinhead signifie appartenir à une culture multiraciale, d'échange, de rencontre, et de partage ! Skinhead signifie Unité et Solidarité ! Voilà pourquoi nous sommes Skinheads et Fiers de l'être !

Pas se battre pour son émancipation, ni appartenir à une culture multiraciale, ni être porté sur les rencontres et le partage. Seulement prendre conscience de sa condition de sous-classe sociale et délinquante, et rejeter tout ce qui ne leur ressemble pas : tous les hommes et partis politiques, hippies, bourgeois, etc...

C'est en Grande-Bretagne, à la fin des années 60, que le mouvement skinhead voit le jour. Il est le résultat de la rencontre entre les hard mods anglais et les rude boys jamaïcains.
Les hard mods constituaient la frange prolétaire des mods qui, à cette époque se dirigeaient vers la mouvance hippie. Ces mods purs et durs refusaient d'intégrer un mouvement instigué et supporté principalement par les enfants des classes bourgeoises. En effet, comment parler de paix, de spiritualité, de délires mystiques et psychédéliques, alors que partout ne règnent qu'injustice économique et violence sociale. Ces mods ne pouvaient se reconnaître dans les facéties bourgeoises d'une jeunesse dorée en mal de sensations fortes.
C'est donc tout naturellement dans leurs quartiers, dans leurs rues, qu'ils ont rencontré les immigrants jamaïcains et antillais, et plus particulièrement les rude boys.
De cette rencontre multiraciale et multiculturelle, et de ce refus de compromis avec la bourgeoisie marquant l'affirmation de l'appartenance à la working class, nait le mouvement skinhead. Par essence, anti-raciste et prolétaire.

Non, il n'y avait pas de musique skinhead à cette époque, donc les skins se sont accaparés certaines musiques existantes : Soul, glam, Reggae, ska, etc... Si ceux qui étaient proches des jamaïcains pouvaient difficilement être racistes, que dire de ceux qui écoutaient des groupes de blancs à la même époque ? Il n'y avait pas un tronc uniforme, mais déjà plusieurs tendances.

A ces débuts, le mouvement n'est pas politisé. Si ce n'est, comme pour toute autre partie du prolétariat, certains ayant pris conscience de l'intérêt de classes et de la nécessité de la lutte et de l'engagement.
C'est aussi de cette époque que date le look skin : Un mélange de fringues destinées à singer les bourgeois et de tenues de travail. C'est ainsi qu'apparaissent pour la première fois le port des chaussures de sécurité (tels les Doc Martens), en référence aux origines prolos.

Et comme vêtement de bourgeois, les skins portaient quoi ??? Les Docs n'étaient pas une référence aux prolos, mais une nécessité - comme les Donkeys et Cie - de porter des fringues robustes

En 1977 éclate la tempête punk, et avec elle le mouvement skinhead connaît un renouveau.

Non, les tempêtes punk c'est 76 en Angleterre, 74-75 aux USA, et 77-78 en France. Les skinheads à cette époque sont quasi inexistants et le renouveau n'est qu'en 77 et 78.


Mais là aussi, alors qu'une partie de la scène keupon tourne vers le plastic punk (aujourd'hui appelé MTV punk) où la rebellion n'est plus qu'une simple vue de l'esprit, avant de devenir un produit commercial de plus, quelques groupes (tels SHAM 69 ou THE BUSINESS) se radicalisent plus sur des positions de classe et une expression working class. C'est la naissance de la Oi ! (Oi ! : Abréviation argotique cockney de "Hey you !").

Il y a eu plusieurs "sell out" de la scène punk. De 1979 à 1981. Sham et les Business ne se sont pas particulièrement radicalisés, ils ont essayé de rester fidèles à leur esprit de départ. De plus, ce sont des groupes qui n'ont jamais porté la tenue punk. Pour ce qui est de l'interjection "Oi", c'est à Gary Bushell et aux Cockney Rejects que les skinheads la doivent.


Et c'est à cette période qu'entrent en jeu les idées d'extrême-droite.
De tout temps, l'extrême-droite a recruté dans le Lumpen-proletariat. Et le mouvement skinhead n'a pas échappé à cette règle. D'autant que l'absence d'idéologie politique précise dès le début du mouvement a fortement contribué à faire passer certaines idées puantes chez certains. Le National Front, et consorts, a donc tout naturellemnt tenté de récupérer cette scène dans laquelle se trouvaient des jeunes exploités ayant envie de réagir, mais sans véritable conscience ni culture politiques. Apparaissent dès lors les "skins" fachos, que les skinheads appellent Boneheads.

La gauche a eu la même démarche. Les RAR ont existé avant les RAC. A la base, l'engagement vers l'extrême droite est motivé par, d'une part le souhait de provoquer, et d'autre part la crise sociale du début des années 80 et le triomphe du Thatcherisme. L'accusation des immigrés se fait la plupart du temps sans intervention d'un parti politique ; c'est une fois que cette revendication est faire, que les skins se portent vers des partis politiques, et non les partis qui seraient venus, comme ça, racoler chez les skins.

A cette fin des années 70 et début 80, c'est aussi le revival ska avec le mouvement 2-TONE (tels THE SPECIALS, BAD MANNERS ou MADNESS). Ce renouveau permet aux skinheads de (se) rappeler les racines et origines du mouvement en portant le damier noir et blanc SKA, symbolisant l'antiracisme et l'unité.

Ce renouveau était très populaire et très commercial, et il n'y avait pas de revendication d'antiracisme ! Madness ont été accusés pendant des années de sympathie pour l'extrême droite (le chanteur a été roaddy de... Skrewdriver...). Le ska n'était qu'une musique pour sortir de l'impasse punk/oi dans laquelle les groupes se trouvaient à cette époque, la vague étant retombée fin 1981.


Mais les médias, toujours à l'affut du sensationnel, voient dans la dérive de certains une putain d'aubaine. Dès lors, pour l' "opinion publique", le mouvement skinhead est assimilé aux errements sanglants et criminels de quelques groupuscules boneheads.

Non, la violence skinhead était connue, les émeutes violentes d'immigrés étaient connues. Le mouvement skinhead était hyper marginal et les médias ne lui prêtaient aucune attention.


En réaction à cet amalgame, fruit de la course à l'audience des mass-media, se créent des tendances comme les SHARP (SkinHeads Againt Racial Prejudice - Skinheads contre les préjugés raciaux) ou encore les RASH (Red and Anarchist SkinHeads). Au sein de ces groupes s'affirme bien la nécessité d'un engagement politique radical et d'une veritable transformation sociale et économique, et de ne plus simplement se contenter d'un anti-racisme bon teint et de principe.

Les Sharp sont apparus dans la seconde moitié des années 80 ; les Rash à la fin des années 90... La plupart des Sharp n'étaient pas engagés politiquement, ils se posaient seulement contre les racistes. Ceux qui souhaitent politiser le mouvement et transformer la société sont les communistes du Rash, pas les Sharp.


Le MOD (1962-67)
Issu de la classe ouvrière, singeant
et combattant la jeunesse petite bourgeoise.
A la moitié des 60's, la plupart tournent hippies,
mais les gangs de hard mods deviennent
de plus en plus "durs".

Il y a eut un revival Mod au début des années 80, et la scène est toujours active.


Le RUDE BOY (1960-70)
Mouvement de jeunesse jamaïcain,
copiant l'habillement des gangsters.
Il se répand sur la jeunesse immigrée antillaise
en Angleterre. Alliés des mods, ils deviennent vite
un "modèle" pour les premiers skins.


Le SKINHEAD (1967-71)
Issus du mélange des hard mods et des rude boys,
les skinheads apparaissent lors de l'explosion du Ska en Grande-Bretagne,
choisissant ainsi la musique jamaïcaine comme base à leur contre-culture.


Le SUEDEHEAD (1970-73)
Après quelques années, les cheveux repoussent
un peu et les vêtements sont de plus en plus
élégants. Plus de style, mais le même esprit.


Le SMOOTHIE (1971-74)
Les cheveux encore un peu plus longs,
mais le même goût des stades de foot et de la
musique noire. Ils adoptent également le Glam Rock.


Le BOOT BOY (1972-77)
Le style "de rue" des suedeheads / smoothies.
Il restera très vivant jusqu'à l'arrivée du punk, surtout hors des villes.
(Un look que l'on retrouve dans "Orange mécanique" de Stanley Kubrick.)

 

C'est avec l'explosion Punk que les skins réapparurent nombreux.
Mais c'est également à cette période qu'apparurent les boneheads et par là la mauvaise image du mouvement.

Les boneheads sont apparus bien après, vers 1980, et encore ils ont d'abord été anti-communiste, nationaliste, puis de plus en plus radicaux, pour revendiquer le nazisme vers 1983 seulement..


Le SKIN TRADITIONNEL (TROJAN)
(1978 à nos jours)
Principalement relancé par l'apparition
du Ska 2-tone. Le mouvement se retourne
vers ses racines, en réaction à la "nazification"
qui commence.

Aucune réaction, et c'est plus une question de goûts et d'affinités qu'une démarche politique !


Le SKIN OI !
(1978 à nos jours)
Apparu autour de la scène Oi !.
Ce style, pas du tout "nazifié", trouve dans
la Oi ! music une expression
plus working class de la révolte Punk.
De nos jours, la scène Oi ! et la scène
2-Tone Revival sont rès souvent liées.

La Oi et le 2-Tone ne sont pas liés. Les skins reprochent aux punks leur côté décadent.



Le BONEHEAD
(1978 à nos jours)
Vient d'une partie "nazifiée" de la scène Oi!.
Le bonehead s'est ensuite créé
sa propre musique : le RAC
(Rock Against Communism), et n'a plus
aujourd'hui que de très lointaines similitudes
vestimentaires avec le mouvement skin originel.

Aucun bonehead avant 80-81. Il y avait des skinheads anti-communistes, mais le néo-nazisme n'est apparue qu'en 1983.


Le REDSKIN
(1978 à nos jours)
Apparu autour du groupe de Soul
et de Rythm'n Blues "The Redskins".
Cette sorte de skin se crée peu à peu
sa propre culture musicale, mais certains
de ces skins communistes se rapprochent
aujourd'hui souvent des racines du
mouvement skinhead.

Les Redskins étaient un groupe d'étudiants bon genre, absolument pas prolétaires. S'en revendiquer, c'est comme vanter les mérites de Jimmy Summerville ou de Frankie Goes to Hollywood.


Le SKUNK
(1978 à nos jours)
Sorte d'hybride entre le punk et le skin.
Il se retrouve souvent aujourd'hui
autour de la scène hardcore.

Skunk est une contraction de skin et de punk. C'est une personne ouverte qui apprécie ces deux scènes; rien à voir avec le Hardcore. Le terme Street Punk a remplacé celui-ci au début des années 90, quand des gens qui ne savaient déjà pas de quoi ils parlaient, pensaient que les skunk étaient des fachos.